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Cancer du sein: à Nantes, des chercheurs traquent les failles des tumeurs chez les jeunes femmes
Sebastien Salom-Gomis - AFP
A 32 ans, Carine attend un enfant quand elle apprend soncancer du sein. Pour mieux comprendre ces tumeurs de plus en plus fréquentes chez les jeunes femmes et trouver leurs failles, des chercheurs nantais les étudient cellule par cellule pour mettre au point de nouveaux traitements.
Tout a commencé par une boule dans un sein. Un premier médecin la rassure: "aucun problème, rien de grave, vous êtes jeune". Mais six mois plus tard, le diagnostic tombe, alors qu'elle est enceinte.
"J'ai dû avorter", raconte la trentenaire, aujourd'hui engagée dans l'association Jeune & Rose.
En France, plus de 3.000 femmes de moins de 40 ans apprennent chaque année qu'elles ont uncancer du sein. Elles étaient environ 2.000 il y a vingt ans. Dans cette tranche d'âge, la maladie est souvent plus agressive, sans que les chercheurs en comprennent encore toutes les raisons.
C'est l'objectif du projet Artemis, porté depuis quelques mois par Vincent Guen, biologiste à l'Inserm, au Centre de recherche en cancérologie et immunologie intégrée Nantes-Angers. Financé à hauteur de 250.000 euros par l’association Ruban Rose, il est programmé sur au moins cinq ans.
Sebastien Salom-Gomis - AFP
"On pense que dans lecancer du sein de la femme jeune, les cellules cancéreuses ont une plus grande plasticité", expose Vincent Guen. Autrement dit, elles pourraient changer plus facilement de comportement, mieux s'adapter à leur environnement et devenir plus agressives.
"En changeant d'identité, certaines cellules cancéreuses peuvent à un moment s’adapter pour résister à des traitements anticancéreux, puis, à leur levée, se remettre à proliférer", développe le biologiste.
- Carte d'identité -
Son espoir: percer les mécanismes moléculaires et cellulaires responsables de cette plasticité pour empêcher les cellules cancéreuses de déjouer les traitements.
Sebastien Salom-Gomis - AFP
Autour de lui, une équipe d'une dizaine de personnes (chercheurs, ingénieurs, cliniciens) travaille sur 80 échantillons de tumeurs prélevés chez des jeunes femmes et mis à disposition par l'Institut de cancérologie de l'Ouest (ICO).
Ces premiers échantillons concernent descancers dits hormonodépendants, dont la croissance est stimulée par les hormones féminines (œstrogènes, progestérone), les plus courants. Les chercheurs espèrent ensuite étudier lescancers dits "triple négatif", plus difficiles à traiter.
La première étape consiste à établir la carte d'identité des cellules tumorales.
Dans le laboratoire, Chloé Grivaud, doctorante en bio-informatique, présente un fragment de tumeur conservé dans un bloc de cire sur une lame de quelques centimètres.
Celle-ci est ensuite analysée par un appareil de biologie spatiale de pointe, capable de détecter simultanément, grâce à la fluorescence, des dizaines de protéines susceptibles de révéler l'agressivité des cellules cancéreuses.
"On va regarder, par exemple, si les cellules qui expriment tel marqueur d'agressivité sont toujours au contact de certaines cellules immunitaires", explique Éloïse Grasset, co-responsable de l'équipe.
- "Premières étapes" -
Sebastien Salom-Gomis - AFP
Pour vérifier ces hypothèses, la chercheuse au CNRS reproduit in vitro de minuscules modèles de tumeurs cultivés en trois dimensions, appelés "organoïdes", à partir de prélèvements de patientes.
Sur la vidéo accélérée d'une expérience, des cellules cancéreuses quittent un organoïde. Certaines migrent en groupe, d'autres se détachent et avancent seules.
Ces modèles permettent d'étudier l'agressivité des cellules tumorales et d'identifier les protéines qui favorisent leur déplacement, dans l'espoir de découvrir de nouvelles cibles thérapeutiques.
C'est tout l'enjeu d'Artemis: trouver les vulnérabilités de ces cellules qui survivent aux traitements.
Dans son laboratoire, la doctorante Camille Tessier teste sur les organoïdes des molécules susceptibles de les éliminer ou de les rendre de nouveau sensibles aux thérapies.
Devant un microscope relié à un bras robotisé, l'ingénieur Steven Nedellec montre comment les cellules sont photographiées automatiquement, toutes les six heures, sans perturber leur environnement. Les noyaux apparaissent en bleu. Les cellules mourantes deviennent rouges.
Sebastien Salom-Gomis - AFP
En suivant la progression de cette couleur, les chercheurs peuvent mesurer l'efficacité des molécules et la rapidité de leur action. Le dispositif permet d'en tester des milliers.
"On en est aux premières étapes", prévient Camille Tessier. Une molécule prometteuse en laboratoire est encore loin de devenir un médicament.
"On sent que la recherche est vraiment pas loin derrière pour améliorer les traitements", dit Carine, qui ne fait pas partie de la cohorte Artemis. Après une opération et uneradiothérapie la trentenaire vient de suspendre son traitement hormonal. Elle devrait pouvoir concrétiser, l'an prochain, son projet d'enfant.
alh/alu/dfa
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Lexique
L'organisme fabrique en permanence ces cellules anormales à potentiel cancéreux. A l'état normal, le système immunitaire tue et élimine ces cellules. Il est des circonstances ou le système immunitaire, pour des raisons non connues, semble débordé et n'assure plus cette fonction éliminatrice en laissant se développer des tumeurs malignes qui vont progressivement infiltrer et détruire les tissus environnants.
Selon leur type cellulaire et de façon très générale, on divise les cancers en carcinomes ou épithéliomas (atteinte des tissus de revêtement des organes et conduits) dont les adénocarcinomes et en sarcomes atteinte du tissu conjonctif ou tissu de connexion et de cohésion des organes).
Certains types de tumeurs cancéreuses ont tendance à essaimer dans l'organisme, par voie lymphatique ou sanguine, vers des tissus particuliers ou pas, créant ainsi des tumeurs secondaires (métastases). Par exemple, le cancer du sein a tendance à métastaser préférentiellement vers les os, puis le foie, le poumon. D'autres types de tumeurs vont au contraire n'avoir qu'un développement local comme le carcinome baso-cellulaire.
Certains cancers dits hormono-dépendants, comme ceux de la prostate, du sein, du corps de l'utérus (mais pas celui du col), ont une croissance stimulée par des sécrétions hormonales (estrogènes).
De nombreux facteurs de risque sont identifiés :
Prédisposition génétique (entre 5 et 10% des cancers du sein),
Hyperestrogénie : c'est un cancer hormonodépendant),
Absence de grossesse ou grossesse de survenue tardive (après l'âge de 30 ans),
Surpoids, obésité et consommation excessive d'alcool (par hyperestrogénie secondaire),
Ménopause tardive ou 1ères règles précoces,
Antécédent de mastopathie bénigne,
Antécédent de radiothérapie thoracique.
Le cancer du sein est potentiellement grave car il métastase fréquemment et ce d'autant plus qu'il est évolué.
Le traitement du cancer du sein dépend du stade d'évolution de la tumeur :
stade I : tumeur localisée uniquement au sein, les ganglions axillaires ne sont pas envahis,
stade II : envahissement des ganglions axillaires,
stade III : d'autres aires ganglionnaires sont atteintes,
stade IV : présence de métastases dans d'autres organes.
On distingue 4 grands types de radiothérapie :
radiothérapie externe, la plus usitée, utilisant principalement des accélérateurs linéaires de particules de rayonnement X ;
curiethérapie : la source radioactive est placée, de façon interne, directement au contact de la tumeur ;
radiothérapie métabolique vectorielle : la source radioactive est injectable et va se fixer sur les cellules cancéreuses cibles.
radiochirurgie : proche de la radiothérapie externe et utilisants des techniques chirurgicales, elle utilise des faisceaux ultra-localisés.
Les effets secondaires de la radiothérapie varient selon la localisation.
Les manifestations aiguës surviennent dans les jours qui suivent l'irradiation et jusqu'à 6 mois après. Elles concernent principalement les tissus à renouvellement rapide (peau, muqueuses, moelle osseuse).
Les manifestations chroniques apparaissent dans les 6 mois à 30 ans après l'irradiation. Irréversible elle touche essentiellement les tissus de soutien et aboutit à une fibrose.
Quelques lésions en fonction de la localisation :
Cheveux : alopécie à 30 Gy, qui devient définitive à 40 Gy.
Coeur : toxicité aiguë : péricardite à partir de 50 Gy ; toxicité tardive : risque coronarien.
Intestin : toxicité aiguë : diarrhée, douleurs abdominales ; toxicité tardive : grêle radique si la dose est supérieure à 45 Gy, rectite .
Oesophage : oesophagite aiguë à 40 Gy ; sténose oesophagienne tardive à plus de 60 Gy.
Organes de la reproduction : stérilité définitive ou temporaire possible en fonction de l'âge, à partir de 10 à 12 Gy.
ORL : toxicité aiguë : mucite, épithélite, agueusie ; toxicité tardive : xérostomie vers 30 à 40 Gy ; nécrose osseuse ; hypothyroïdie ; lésions dentaires.
Peau : érythème d'apparition rapide, suivi d'une desquamation sèche ; radiodermite exsudative, formée de phlyctènes ; radionécrose aiguë ; ulcérations cutanées douloureuses ; toxicité tardive : atrophie cutanée, troubles de la pigmentation, télangiectasies .
Poumons : toxicité aiguë : pneumopathie radique ; toxicité tardive : insuffisance respiratoire plus ou moins marquée selon le volume de poumon irradié.
Reins : insuffisance rénale .
Vessie : toxicité aiguë : pollakiurie, brûlures mictionnelles ; toxicité tardive : fibrose de la vessie à partir de 60 Gy.
Yeux : opacification du cristallin : cataracte induite à partir de 10 Gy ; la rétine est radio résistante (non sensible aux rayonnements ionisants) ; si la dose est supérieure à 50 Gy, il existe un risque de nécrose de l'oeil.